L’entreprise Torskal fait émerger la nanomédecine depuis La Réunion

L’entreprise Torskal fait émerger la nanomédecine depuis La Réunion

Rédigé le 29/12/2019
J.-T

©Facebook / Torskal

En 2019, l’entreprise réunionnaise Torskal a développé une gamme de dermo-cosmétique pour les peaux sensibles (sur le marché au cours de 2020), et préparé une autre gamme de dermo-cosmétiques incluant les nanoparticules d’or pour les peaux lésées par les traitements contre le cancer. L’entreprise fondée par Anne-Laure Morel a également participé à une collecte d’information sur le sujet des nanoparticules, lancée par l’Union européenne. 

Torskal a été fondée il y a 4 ans à La Réunion par la réunionnaise, Anne-Laure Morel, qui précise « qu’elle a déclaré la guerre au cancer à partir de cette date ». L’entreprise est né de cette volonté de transformer la recherche en un produit qui sera mis sur le marché. « Nous avons fait le choix de nous consacrer à la conception de nouveaux anticancéreux, respectueux de l’environnement, respectueux du patient ».

Aujourd’hui les anticancéreux conventionnels actuellement sur le marché sont des médicaments qui agissent par toxicité. Ils détruisent les cellules tumorales mais aussi les cellules saines. Nous ne pouvons plus ignorer les effets dévastateurs de la chimiothérapie.

Après la création de Torskal, Anne-Laure a été rejoint dans l’aventure par plusieurs personnes. « Ils n’ont demandé qu’à pouvoir mener ce projet dans les temps ». Ce projet était celui de tous et ne pouvait se réaliser que dans la collaboration en réunissant des experts de chaque discipline. Torskal s’est donnée pour objectif de construire la filière des nanotechnologies verte depuis l’île de La Réunion.

« Nous sommes les pionniers de la nanomédecine verte dans le monde », une nanomédecine qui consiste à développer des produits par chimie verte, en réduisant autant que possible l’usage des produits de chimie de synthèse. Ainsi, Torskal a développé un procédé de synthèse de nanoparticules d’or écologique à partir d’extraits de plantes médicinale de La Réunion. Ce procédé est actuellement breveté dans 40 pays, délivré en UE et en Afrique du Sud pour le moment, protégeant à la fois le procédé de synthèse, le produit et son utilisation en oncologie et cosmétique.

C’est à partir de la nature réunionnaise que la jeune entreprise Torskal concoit ses nanoparticules qui traitent le cancer ©DR

C’est à partir de la nature réunionnaise que la jeune entreprise Torskal concoit ses nanoparticules qui traitent le cancer ©DR

« Pour que notre démarche RSE soit globale, nous avons demandé le droit d’utiliser de l’or éthique Fairmined, issu de mines responsables. Nous sommes les seuls à utiliser de l’or labellisé Fairmined pour la production de nos nanoparticules ». L’or fairmined est un or de qualité, respectant les critères de la chimie verte que l’on applique au laboratoire. « Nous avons réduit, voire supprimer les composés toxiques de nos process ». Cet or fairmined est la garantie que l’on utilise un or plus respectueux de l’environnement et du corps du patient.

Les plantes de La Réunion sont quant à elles fournies par la coopératives agricoles CAHEB qui fédère les agriculteurs réunionnais. Elles sont issues de friches naturelles ou parcelles non traitées. Torskal contribue à construire avec les acteurs locaux la filière des plantes médicinales.

Sur le plan scientifique, « notre défi consiste à réduire les effets secondaires et à détruire en une seule dose les cellules tumorales, par la chaleur, sans affecter les tissus sains, grâce à l’utilisation de nos nanoparticules d’or ». Les nanoparticules sont des médiateurs d’hyperthermie. Il n’existe actuellement aucune classe de produits de ce type commercialisés dans le monde.

Le premier programme de recherche concerne les cancers de surface (cancers de la peau). Les scientifiques ont démontré que ces nanoparticules associées à la photothérapie plasmonique permettent la destruction thermique des cellules tumorales. En comparant le traitement de référence contre les mélanomes (AntiPd1), on observe que les nanoparticules d’or ont une plus forte inhibition tumorale à faible irradiation (0,2W/cm2 durant 10 min), à faible concentration de nanoparticules au cours des 10 premiers jours (under review).

Anne-Laure Morel, fondatrice de Torskal ©Johnny Abitbol

Anne-Laure Morel, fondatrice de Torskal ©Johnny Abitbol

La prochaine étape consistera à préparer les essais cliniques du traitement contre le cancer de la peau chez l’homme sur une petite cohorte en France pour 2021. D’autres essais cliniques suivront et concerneront le traitement des cancers profonds à partir de 2023. Cela requiert une levée de fonds d’environ 16 millions d’euros à partir de 2020.

Les faits marquants de cette année 2019 ont été le développement d’une gamme de dermo-cosmétique pour les peaux sensibles (sur le marché au cours de 2020), la préparation d’une autre gamme de dermo-cosmétiques incluant les nanoparticules d’or pour les peaux lésées par les traitements contre le cancer. Le sujet des nanoparticules reste controversé en UE. La commission UE a lancé un appel à collecte d’informations cette année qui s’est clôturé en novembre dernier. Torskal y a participé activement en contribuant à transmettre des données scientifiques prouvant l’innocuité des nanoparticules d’or avec l’aide de sociétés françaises.

« Un rapport a été transmis au SCCS et nous attendons les conclusions déterminantes pour la commercialisation de nos dermo-cosmétiques. Je reste confiante. Cela fait 3 ans que l’on travaille d’arrache pieds afin d’obtenir l’autorisation de mise sur le marché de nos ingrédients cosmétiques. Tous les résultats, obtenus dans des structures accréditées par l’UE, confirment l’innocuité des nanoparticules. Je rappelle qu’en plus, elles sont obtenues par chimie verte ».

Références : 

·       Haddada, M. B., Koshel, D., Yang, Z., Fu, W., Spadavecchia, J., Pesnel, S., & Morel, A. L. (2019). Proof of concept of plasmonic thermal destruction of surface cancers by gold nanoparticles obtained by green chemistry. Colloids and Surfaces B: Biointerfaces, 110496.

·       Maroua Ben Haddada, Elise Gerometta, Anne Bialecki, Weiling Fu, Yang Zhang, Marc Lamy de La Chapelle, Nadia Djaker, Sabrina Pesnel, Anne-Laure Morel and Jolanda Spadavecchia. (2018). Endemic Plants: From Design to a New Way of Smart Hybrid Nanomaterials for Green Nanomedicine Applications. J Nanomed Nanotechnol, 9(518), 2.

·       Morel, A. L., Giraud, S., Bialecki, A., Moustaoui, H., de La Chapelle, M. L., & Spadavecchia, J. (2017). Green extraction of endemic plants to synthesize gold nanoparticles for theranostic applications. Frontiers in Laboratory Medicine, 1(3), 158-171.

·       Anne-Laure Morel, Nanoparticules d’or et procédé écologique de préparation, Brevet FR 16/50520, PCT/FR2017/050131