Banqueroute d’XL Airways : Quelles conséquences pour nos liaisons ?

Banqueroute d’XL Airways : Quelles conséquences pour nos liaisons ?

Rédigé le 10/10/2019
Eline Ulysse

© Airbus

Après 20 ans d’existence, le Tribunal de commerce de Bobigny vient de prononcer la liquidation judiciaire d’XL Airways. XL Airways, c’était 4 avions, 570 salariés, 700 000 passagers par an qui voyageaient sur cette compagnie aérienne française privée vers la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion, la République Dominicaine, le Mexique, Cuba, les Etats-Unis et plus récemment la Chine.

XL Airways, c’était aussi son dirigent Laurent Magnin, très attaché à proposer un modèle aérien différent avec un mixte de charter et de low-cost, doté d’un punch et d’une volonté à toute épreuve à rendre le transport aérien accessible au plus grand nombre.

La disparition d’XL Airways vient s’ajouter à la longue liste d’autres compagnies aériennes européennes qui n’ont pas pu résister à la concurrence féroce qui opère dans ce secteur lesquelles sont, pour la seule année 2019 : l’autre française Aigle Azur, l’allemande Germania, l’islandaise Wow Air et très récemment la slovène Adria Airways. Certes ces faillites en cascade ne touchent pas directement nos liaisons mais certains passagers de nos îles, qui avaient planifié leur voyage en Europe, ont subit ces liquidations judiciaires rapides sans toujours avoir pu être remboursé de leur vol.

La Guadeloupe, la Martinique et la Réunion avaient déjà eu à pâtir, par le passé, des liquidations d’AOM et d’Air Liberté devenue Air Lib, laissant touristes et locaux sur le tarmac d’Orly. Aujourd’hui, avec le récent retrait de la compagnie Norwegian sur les liaisons antillaises et la liquidation d’XL Airways, nous sommes amenés à nous demander :

– si définitivement, un modèle européen de compagnie aérienne low-cost ne peut survivre sur les liaisons européennes long courrier ?

– si la particularité de nos liaisons « légitimeraient » à mettre en place une taxation plus souple ?

– si le modèle de type charter d’XL Airways est aujourd’hui révolu sur nos liaisons qui ne comptent aujourd’hui que très peu d’hôtels…

La raison de ces défaillances

Chaque défaillance a sa particularité propre, néanmoins, il ne peut y avoir de compagnies aériennes viables sans taille critique, actionnariat solide, coût salariaux maîtrisés, relations saines entre syndicats et entreprises, investissement dans des avions de dernière génération, capacité de faire face aux arrivées de compagnies avec des coûts unitaires différent liés notamment à des taxes et à des soutiens de leurs Etats.

Une concurrence de plus en plus vive

Les compagnies aériennes aujourd’hui doivent s’adapter et renouveler leur modèle pour résister à la concurrence brutale des nouvelles compagnies aériennes émergentes comme Norwegian, Level, French Bee.

Le transport aérien est un secteur risqué, très sensible aux aléas économiques et aux troubles géopolitiques, aux crises du pétrole aussi.

Force est de constater que XL, sans actionnaire durable depuis dix ans, n’avait pas fait évoluer son modèle qui historiquement, était basé sur des partenariats forts avec les tours opérateurs et agences de voyage qui lui achetaient des sièges sur les différentes liaisons desservies. Or aujourd’hui, nos îles ont subi une crise de l’hôtellerie perdant près de 5000 chambres hôtelières non renouvelées dans ce secteur. Autant de partenariats économiques qui s’effondrent pour une compagnie aérienne qui travaille principalement avec les tours opérateurs.

Les perspectives sont néanmoins bonnes pour la Guadeloupe et la Martinique avec la compagnie Level qui renforce ses liaisons vers nos deux îles en devenant quotidiennes dès le mois de décembre prochain, et l’arrivée d’Air Belgium à partir du 7 décembre 2019 qui reliera Fort-de-France et Pointe-à-Pitre à Charleroi.

Mais une compagnie aérienne qui s’arrête, c’est autant de salariés sans emplois, et autant de diversités de notre offre qui s’étiole, une offre au départ de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle avec ses 69,5 millions de passagers annuel le classant au 10ème rang des aéroports les plus importants du monde. Des liaisons directes qui s’arrêtent vers la Réunion au départ de Lyon et pour la Guadeloupe et la Martinique, des vols directs au départ de Lyon, Toulouse, Nantes et Bordeaux qui ne seront pas suppléés. Triste fin.

Caroline ROMNEY

Consultante tourisme – transports

Cabinet AIGUILLAGE