Covid-19 – Prévention en Outre-mer : « 1902 – 2020 Nous souvenir pour éviter de mourir ! », par Gaël Musquet

Covid-19 – Prévention en Outre-mer : « 1902 – 2020 Nous souvenir pour éviter de mourir ! », par Gaël Musquet

Rédigé le 23/03/2020
J.-T

©F. Benitez

Alors que la pandémie mondiale de Covid-19 nous oblige à rester chez soi, Gaël Musquet, fondateur de CaribeWave, profite de ces moments d’introspection pour adresser un message de prévention aux Outre-mer, en se remémorant l’éruption du volcan de la montagne Pelée en Martinique, qui avait fait 32 000 victimes. 

2020

À l’heure où j’écris ces quelques lignes, je suis confiné depuis le dimanche 15 mars 2020 avec ma femme et mes enfants en Normandie. Je n’ai pu être  aux côtés de mes proches le 19 mars en Guadeloupe pour participer à l’exercice annuel de tsunami CaribeWave. Je profite de ce confinement pour transmettre mes 10 années de travaux dans la prévention des catastrophes majeures. La prévention est le parent pauvre de la gestion de crise. Pourtant, investir un euro dans la prévention : c’est éviter d’en dépenser sept au moment de la crise.

Nous devons trouver ensemble les solutions pour traverser cette crise. Même s’il y a des disparités entre nos territoires ultramarins, il est important que nous puissions profiter de nos expériences communes. La Guadeloupe est aujourd’hui le territoire caribéen ET le territoire d’Outre-mer le plus touché (si la Guadeloupe compte un décès, La Réunion compte aujourd’hui plus de cas, ndlr). Avec un CHU en grande difficulté depuis 2017 et une pénurie d’eau, c’est une triple peine pour les miens.

Si la situation se dégrade rapidement sur le Vieux Continent, nous sommes au début de l’épidémie en Outre-mer. Et ce retard du virus, chez nous, doit être mis a profit pour sauver des vies. Nous devons en tant qu’Ultramarins être d’autant plus vigilants que nous sommes exposés pendant ce temps à d’autres risques naturels (volcans, séismes, tsunamis, épidémies de dengue/zika/chikungunya et tempêtes dans l’hémisphère sud !). Âgé de 9 ans, j’ai vu en 1989 les ravages du déni. Jusqu’aux premières bourrasques de l’Ouragan Hugo, certains de mes compatriotes ne prenaient pas au sérieux les bulletins météorologiques et les consignes de confinement !

1902

Mais faisons un retour un siècle en arrière pour mieux nous préparer justement. L’Histoire se répète sous une autre forme, 118 ans plus tard. La situation que nous vivons n’est pas inédite sur le plan politique et social. Souvenez-vous du 8 Mai 1902, la Martinique frappée en son cœur économique à Saint-Pierre, le Petit Paris des Antilles, Résidence du Gouverneur !

Collection du Musée Régional d'Histoire et d'Ethnologie de Fort-de-France (MRHE)

Collection du Musée Régional d’Histoire et d’Ethnologie de Fort-de-France (MRHE)

Mes parents, grands-parents, professeurs m’ont raconté cette histoire des dizaines de fois. Je l’ai aussi à mon tour raconté à mes enfants, conférenciers et auditeurs. Mais elle prend une résonance particulière aujourd’hui pour moi alors que le pic épidémique semble inéluctable.

La Montagne Pelée dès 1889 a rugi comme l’épidémie de SRAS en Asie en 2003

La Montagne Pelée nous a prévenu le samedi 26 avril 1902 en recouvrant Saint-Pierre de cendre la veille du premier tour des élections législatives.

La Montagne Pelée nous a tancé le 5 mai 1902 en tuant 50 habitants de Saint-Pierre et des ouvriers de l’Usine Guérin comme le Covid-19 a frappé les ouvriers de Wuhan en Chine au mois de décembre dernier.

La Montagne Pelée a chassé les serpents, les scolopendres, les fourmis, pleuré des lahars, emporté 400 âmes au Prêcheur le 7 mai 1902. Mais nous sommes restés à ses pieds !

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Comme en 1902, les martiniquais devaient aller voter, nous étions à l’entre-deux tours des élections législatives. Comme en 1902, nous avons eu le réflexe de privilégier l’activité économique et politique. Comme en 1902, certains scientifiques étaient optimistes quant à la tenue du scrutin.

L’issue de ce déni a été terrible, le 8 mai 1902 à 8h02, plus de 32 000 âmes soufflées, brûlées vives à Saint-Pierre et au Morne Rouge. Saint-Pierre ne redeviendra une commune qu’en 1923. Cette éruption est la plus grande catastrophe naturelle que notre pays ait connue.

CONFINEZ-VOUS !

Ne reproduisons pas les erreurs de nos aïeux ! Contrairement à 1902, nous disposons encore de quelques heures voire quelques jours pour nous protéger tous collectivement et sauver des vies ! Le retard du virus dans les territoires d’Outremer doit être mis à profit pour sauver des vies. Si nous voulons échapper à ce virus, la seule posture qui vaille est celle du confinement.

Des forces de sécurité, de santé, des transporteurs, agents des services publics passent leur temps à veiller sur nous, ce sont nos frères, nos sœurs, nos mères, parents et amis. Nous avons tous dans nos territoires ultramarins une connaissance mobilisée contre ce fléau. Plus nous serons rigoureux et prudents, plus nous pourrons à nouveau les libérer de ce fardeau.

C’est une course de fond, un marathon, qui s’engage pour la vie, nous devons nous préparer à rester confinés et adapter nos rythmes de vie à cette menace.

Je vous donne rendez-vous tout au long de cette phase de confinement pour parler des solutions à nos problématiques en Outremer. Car la crise de la Montagne Pelée a été aussi le catalyseur de nombreuses innovations incontournables aujourd’hui. Souvenons-nous de notre passé, pour un quotidien prudent et solidaire. Ce sont les conditions sine qua non d’un meilleur avenir.

Gaël Musquet.